Zomba et Balmiro
Pour Zomba, très attachée aux enseignements de sa grand'tante, le Ka*, c'est bien cette idée de rejoindre un point de l'univers où son monde matériel croiserait son monde spirituel.
Pour Zomba, très attachée aux enseignements de sa grand'tante, le Ka*, c'est bien cette idée de rejoindre un point de l'univers où son monde matériel croiserait son monde spirituel.
Le Ka pour trouver la paix dans son cœur, pour imaginer que la vie ressemblerait enfin un jour à un monde apaisé, où l'homme cesserait de se détruire et de détruire sa planète.
Depuis qu'elle est toute petite, Zomba se rêve navigatrice.
Elle les a bien vu tous ces maswas* portugais débarquer le long du Nzadi, le grand fleuve où le bruit d'une pierre dans l'eau était plus pur que le chant d'un oiseau. Elle les a bien vu débouler, tels des goélands affamés, pour piller à grand renfort de pioche, les plantations de manioc, de café ou d’arachides de ses ancêtres.
Et seule, elle ne pouvait rien. A part, accumuler au fond de son ventre sa rancœur devant les embarcations de l'envahisseur, mélangée à son rêve de navigation.
Elle a grandit comme ça Zomba, avec le ventre noué. Ce qui lui a aussi permis de se forger un puissant caractère ! Toujours en train de faire régner la sembo*, à reprendre les biens pillés pour les redistribuer ; à combattre ici le mal et là l'oppression. Avec les années, Zomba est devenue une vraie guerrière.
Un jour qu'elle veillait sur les siens, elle observait au loin un des matelots portugais qui agissait contre les ordres donnés plus haut. Au lieu de voler, il nourrissait les abandonnés ; au lieu de fouetter, il caressait les dos esseulés ; au lieu de hurler sur les maltraités, il leur chantonnait des cantiques marins en portugais qui semblaient sonner si doux dans les oreilles des fustigés...
Zomba se dit que le moment était venu de changer le cours des choses, que ce matelot au grand cœur ferait un bon allié si elle savait l'amadouer.
Elle s'approcha et posa délicatement sa main sur l'épaule du matelot pendant qu'il chantonnait, comme un geste de reconnaissance.
- "Merci pour eux" dit Zomba
- "S'il vous plait n'en dites rien, ou ils m'exécuteront" s'affola Balmiro.
C'est en se mettant à l'écart des regards un moment qu'ils se racontèrent l'un à l'autre sans effort, leurs croyances, leurs peurs, leurs vies jusqu'à aujourd'hui. C'est en se racontant aussi qu'ils comprirent qu'ensemble ils pouvaient peut-être faire avancer l'histoire, faire entendre une autre voix !
Depuis ce jour Zomba et Balmiro font route commune. Ils échafaudent des plans incroyables pour redonner du sens à la justice, la sembo et à l'humanité toute entière.
Défendre la veuve et l'orphelin, mais pas seulement, leur ambition était bien plus grande ! Sauver du monde, les pauvres, les malheureux, les abandonnés de la vie, les secondes chances ou les égarés, les poètes et les rêveurs.
Zomba et Balmiro commencent à devenir des gens qu'on écoute, ils sont la goutte d'eau qui façonne les Océans ! Mais Zomba n'oublie pas son rêve de navigation sur les mers du monde, même si ce rêve prend un autre sens désormais. Elle rêve de naviguer pour aller à la rencontre de l'autre, pour partager les idées d'humanité déployées avec Balmiro.
Balmiro de son côté, cherche un moyen d'avouer à Zomba que ses émotions ont elles aussi évolué, mais sa peur de la perdre est plus grande. Dans son cœur elle est devenue sa muse et il doit lui en faire part avant d'en mourir.
Un jour enfin, il a une idée. Il se souvient que dans la soute de son ancien navire endormi, il y a un joli petit bateau à 2 voiles, un bateau jadis pillé par les portugais. Il décide d'aller le voler une fois encore mais cette fois pour l'offrir à sa muse et atteindre enfin sa lunga*.
Il offrit le maswa à la jeune femme en lui demandant de bien vouloir l'emmener avec elle. Bien sur elle acquiesça et tout à son bonheur de navigation, comprit à son tour à quel point elle était attachée à Balmiro.
Les amoureux donnèrent un nom à l'embarcation, MUSEMBO, la muse de la justice.
Et c’est ainsi que le petit bateau prit la mer, pour naviguer et porter haut l'envie d’humanité à travers les peuples du monde !
Le Télégramme, dans un article d’août 2018, relate que le MUSEMBO vit toujours. Oh certes, il attend quelques menues réparations, mais il reprendra la mer dans quelques mois, barré par un certain Dédé. On raconte dans l'Aber Benoit que c’est aussi un fervent défenseur des causes honorables, la sauvegarde de la planète, de la mer et du crabe ainsi que des notes de flûte à bec, en Ré majeur !
Il sera surveillé de près par une certaine Dame de Ka, représentante évidente de son essence vitale, elle est comme ce point de l'univers où le monde matériel croise le monde spirituel.
Longue vie au Musembo !
Longue vie aux rêves de matelot !
Féekabossée. Le 3/09/2018.
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* Lingala : Langue Bantoue parlée en République du Congo
* Ka : l'essence vitale en lingala
* Maswa : le bateau en lingala
* Sembo : la justice en lingala
* Lunga : accomplissement, concrétisation en lingala
C'est super joli. La fin m'a toute émuZe.
RépondreSupprimer:)
La Fée humaniste :) très beau !
RépondreSupprimer(j'ai pas pu m'empêcher de corriger 2 ou 3 fautes de frappes, tu sais comme je suis ;) )
je comptais sur toi Madame !
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